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Le post-colonialisme : le chaînon manquant du discours d’Accra

Barack ObamaLe post-colonialisme est le chaînon manquant du discours d’Accra. Ce que l’Afrique est devenue aujourd’hui est le fruit non pas seulement du colonialisme mais de son substitut : l’enchaînement post-colonial, son cynisme et sa perversité connus ici chez nous sous le nom de la Françafrique.

Les dégâts de ce post colonialisme sont plus graves que ceux du colonialisme car ils ont perverti les esprits et tout corrompu en Afrique. Il ne s’agira pas seulement de lutter contre l’argent mal acquis, mais aussi contre le délabrement des mentalités.

« Il est facile de pointer du doigt et de mettre ses problèmes sur le compte des autres. Oui, une carte coloniale et des frontières mal dessinées dénuées de sens ont contribué à nourrir les conflits ethniques. Oui, l’Occident a souvent approché l’Afrique comme source d’approvisionnement des ressources et non comme comme partenaire. Mais l’Occident n’est pas responsable de la destruction de l’économie du Zimbabwe au cours de la dernière décennie, des guerres dans lesquelles les enfants sont enrôlés comme soldats. Du temps où mon père vivait – dans les années 60-70 – c’est en grande partie à cause du tribalisme, du clientélisme et du népotisme dans un etat indépendant, le Kenya, que la carrière de mon père a déraillé et nous savons que ce type de corruption continue à faire partie du quotidien de beaucoup trop de gens en Afrique ».

« Vous le savez, il y a 52 ans, les yeux du Monde étaient braqués sur le Ghana. Un jeune Pasteur nommé Martin Luther King est venu ici à Accra pour voir la bannière britannique « L’Union Jack » descendre et le drapeau Ghanéen se lever. C’était avant la marche de Washington et le succès du mouvement des droits civiques dans mon pays. On a demandé au Dr. King ce qu’il a ressenti en assistant à la naissance d’une Nation. Il a répondu « cela a renouvelé ma conviction dans le triomphe ultime de la Justice ».

« Aujourd’hui, ce triomphe doit être remporté une fois de plus et il doit l’être par vous ».

[Extraits du discours de Barack Obama à Accra -samedi 11 Juillet]

Si le temps de la Justice est venu, c’est donc que quelque part, il y avait injustice. Où ? A l’intérieur des pays Africains comme dans la Coopération d’Etats.

Dans le clonage institutionnel (livre), j’avais indiqué que ce qui se passe à l’intérieur des Etats est le transfert de ce qui se passe entre les Etats. Ce qui se passe entre les riches et les pauvres au sein des Etats est une miniature de ce qui se passe sur la scène internationale entre les pays riches et les pays pauvres ou dits émergents.

L’histoire est en marche

Trois exemples. La filière de l’aide au développement. Les prix des marchés et le commerce international. Et les institutions internationales.

L’aide au développement

« L’aide n’est pas une fin en soi », a dit Barack Obama. Plus précisément elle n’est d’aucune utilité si elle est ponctionnée par les expertises occidentales. Dans un livre, le scandale et la honte, publié en 1996, Bernard Schneider, l’auteur de ce pamphlet indiquait déjà que « dans certains cas, les salaires des experts internationaux, les coûts des titres de transport et d’hébergement en hôtel quatre ou cinq étoiles, les frais affectés à l’organisation des séminaires sur le développement ainsi que ceux relevant des protocoles administratifs engloutissent plus de 90% de sommes allouées à l’aide. En sorte que 5% seulement de l’aide irait effectivement à ce pour quoi elle était destinée ».

L’accès aux marchés et l’agriculture subventionnée des pays du Nord

Comment un paysan africain fait-il pour accéder aux marchés internationaux ? Quelles sont ses chances de se voir payer le prix exact de ses biens ? Le cycle de Doha sur la redéfinition des termes de l’échange conduit par l’OMC butte sur la question depuis 2001. Comment un paysan qui produit du coton au Mali peut-il lutter contre les producteurs de coton Américains subventionnés ? Comment un producteur d’oignons au Sénégal peut-il lutter contre un producteur d’oignons subventionné en Europe ? >>>LIRE ICI

L’échange inégal, ouvrage de Samir Amin qui condamnait l’inégalité des termes de l’échange dans le commerce international et leurs conséquences dans la consolidation de l’impérialisme occidental, date de 1973. Dans ces conditions, le terme même de commerce équitable est un aveu qui en dit long.

Dans son rapport 2005, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) mentionne que si l’Afrique avait conservé la part des exportations mondiales qu’elle détenait en 1980, celles-ci atteindraient en 2005 [date de la publication du rapport] environ 97,5 milliards d’euros de plus. Ce qui représente « cinq fois le montant de l’aide financière fournie par les pays riches de 2002 à 2005″. Cherchez l’erreur.

La suite dans la Deuxième partie ici.

Par Elise Mbock – scenepublique.com

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