On ne le redoutait même plus, tant les esprits y étaient préparés depuis belle lurette : les Ivoiriens, classe politique et citoyens lambdas, ainsi que la communauté internationale savaient pertinemment qu’un énième report de la présidentielle ivoirienne était inévitable. Même si les leaders politiques et le gouvernement n’avaient pas beau martelé qu’il ne faut pas cultiver le fétichisme des dates, celle du 29 novembre 2009 était quasiment out. La faute à qui ?
D’abord aux contingences inhérentes à une situation de sortie de crise et aux aléas techniques. Et aussi à un manque de volonté du camp présidentiel comme des ex-rebelles, qui se pressent lentement pour aller à ce scrutin majeur. Le pouvoir en place, en dépit des sondages qui donnent le président sortant gagnant au second tour, a-t-il peur du verdict des urnes comme le pensent ses adversaires, si fait qu’il le retarde pour attendre l’instant T où il sera certain de gagner ?Les Forces nouvelles, dont certains étaient des pieds-poudreux devenus des Crésus, font-ils de la résistance face à ce saut dans l’inconnue que représente cette élection ?
On s’accorde cependant à reconnaître que l’agent causal principal de ce retard est, ces derniers temps, la publication de la liste électorale provisoire. Depuis le 6 octobre dernier, jour où le premier ministre a remis officiellement la liste provisoire au chef de l’Etat, la certitude était faite que le 29 novembre allait de nouveau être décalé. Robert Mambé Beugré, le président de la CEI, a confirmé le 11 novembre qu’il n’y aurait plus d’élection en 2009, tout en invitant les journalistes à faire leur propre projection pour savoir à peu près le jour de ce combat qui promet d’être épique.
Prenons donc le patron de la CEI au mot : la liste provisoire a été remise, et à partir d’aujourd’hui 16 novembre jusqu’à mi-décembre et même jusqu’à Noël 2009, voire au-delà, on sera dans la période des contestations, qui doit durer en principe 38 jours ; le temps imparti pour extirper du corpus des électeurs les absents ,les morts et surtout les « faux » Ivoiriens ou allogènes pour emprunter un terme qui a fait florès du côté de la lagune Ebrié. Plus concrètement, il s’agira d’expurger des 6 384 253 inscrits sur la liste provisoire tous ceux qui n’ont pas le droit de voter, notamment de voir clair parmi les 1 083 667 inscrits sans pièces d’identification.
A partir de la fête de la Nativité ou de la mi-janvier 2010, devront débuter la confection des cartes d’électeurs et leur ventilation. Si on y ajoute les 15 jours de campagne requis avant le premier tour du scrutin, le tout mis bout à bout, on se retrouve en fin février début mars 2010. Notre arithmétique électorale nous conduit donc, si, entre-temps il n’y a pas de grain de sable qui se glisse dans le processus, en mars pour la présidentielle ivoirienne.
Pourvu surtout que ça soit vraiment la bonne date, car celle-ci a beau ne pas être gravée dans le marbre de la Constitution et que, de part et d’autre on estime qu’il faut éviter de subir cette dictature temporelle, ces reculs à n’en pas finir sont lassants et coûteux. Et puis, c’est plus que jamais le moment pour que la Côte d’Ivoire sorte de cette période de ni chair ni poisson. Même si on sait que cette présidentielle ne sera pas la baguette magique qui résoudra tous les problèmes.
Par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana, l’Observateur