La torpeur estivale qui gagne les grands médias et le souci de ne pas inquiéter davantage l’opinion internationale quant à la récession, n’empêche pas les spécialistes des questions économiques d’observer avec intérêt la réunion au sommet entre les Etats-Unis et la Chine ouverte hier à Washington.
Les dimensions politiques ne seront certainement pas absentes de ce sommet de haut niveau. Le fait que la délégation américaine soit coprésidée par la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et le secrétaire au Trésor Tim Geithner en dit cependant long sur la thématique centrale des relations bilatérales. La Chine et les Etats-Unis, avec leurs mégaplans de relance – de 585 milliards et 787 milliards de dollars respectivement – parviendront-ils à impulser une sortie rapide de la crise ?
Le fait est que les deux premières économies mondiales – la Chine devrait dépasser le Japon cette année – ont partie liée : les Etats-Unis sont le principal débouché des produits chinois et Pékin est le principal créancier de Washington. La stratégie chinoise semble donner des résultats : le taux de croissance est de 7,1% pour le premier semestre et les autorités chinoises escomptent une croissance annuelle du PIB national de 8% en 2009. Aux Etats-Unis, le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis, Ben Bernanke, a récemment déclaré que l’économie devrait sortir de la récession au cours du troisième trimestre de cette année et atteindre un taux de croissance de 1%. L’optimisme officiel américain est tempéré par les analyses nettement moins enthousiastes d’experts qui, comme le prix Nobel Paul Krugman, estiment que le plan de relance est insuffisant.
En tout état de cause, ce qu’attendent les financiers du monde entier sont les orientations qui émergeront de cette rencontre. L’enjeu principal pour les Chinois est de s’assurer que leur formidable épargne en bons du Trésor américain, plus de 800 milliards de dollars, ne souffre pas de la gestion du dollar et que l’économie américaine reste en position d’importer massivement.
L’exercice est complexe : les ménages américains, extrêmement endettés, commencent à épargner, donc à réduire leur consommation, alors même que le déficit américain atteint des abysses à 1.000 milliards de dollars. L’approche chinoise, extrêmement pragmatique, consiste donc à conforter son principal débiteur, tout en mettant en oeuvre une politique de diversification de ses marchés d’importation et en favorisant, prudemment, la consommation interne.
Mais pour importante qu’elle soit, la réunion bilatérale de Washington n’est pas l’expression d’une sorte de condominium planétaire sino-américain. D’autres acteurs de taille influent tout aussi décisivement sur le cours des événements. L’Union européenne et les pays émergents, de l’Inde au Brésil en passant par la Russie, sont les autres acteurs majeurs de l’économie mondiale. Or, l’UE est en récession et ne devrait, selon les plus optimistes, voir la fin de la crise qu’au cours de l’année 2010. Quant aux pays émergents, ils assument directement le contrecoup de la crise et, pour la plupart, sont en situation de déséquilibre externe.
Plus que les moyens de sortie de crise qui seront débattus en septembre à Pittsburgh lors de la réunion du G20, la réunion de Washington consacrera sans doute un nouvel équilibre dans les rapports bilatéraux sino-américains.
K. Selim