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Congo-Brazzaville : Denis Sassou-Nguesso donné favori

Sassou N'Guesso

Sassou N'Guesso

Quelques 2,2 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes pour choisir le prochain chef de l’Etat du Congo-Brazzaville parmi 13 candidats dont le président sortant, Denis Sassou-Nguesso, grand favori de cette élection présidentielle. Après 25 ans à la tête du pays, le beau-père du défunt président Omar Ondimba Bongo entend succéder à lui-même. Face à lui, des candidats postiches, exception faite de Mathias Dzon de l’Alliance pour la République et la démocratie (ARD), qui fut son ancien ministre des Finances.

En effet, l’homme qui a été déjà battu en 1992 par le Professeur Pascal Lissouba et qui a dû faire usage des armes pour retrouver son fauteuil en 1997 a tiré une belle leçon de cette déconvenue historique : « Sa Cour constitutionnelle » a donc pris le soin, cette fois, de faire un tri afin d’écarter les opposants qui pouvaient constituer un potentiel danger pour le locataire de Mpila, notamment Ange Edouard Pongui de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS) parce que, dit-on, il « n’a pas résidé ces deux dernières années de façon ininterrompue au Congo » contrairement à ce qu’exige la loi…

C’est donc une grande figure de la politique congolaise qui a été mise hors d’état de nuire. Ce dernier, qui a été Premier ministre entre 1984 et 1989 sous le régime du parti unique, le Parti congolais du travail (PCT), est le chef de l’unique formation politique de l’opposition qui dispose d’un groupe parlementaire (12 députés) à l’Assemblée. Pis, le fait qu’il soit de l’UPADS, dont le fondateur n’est autre que Pascal Lissouba, le tombeur du président Sassou, est vraiment très riche en symbole.

En effet, en écartant de la consultation l’opposant Pongui, principal animateur de la campagne « Tout sauf Sassou », le chef de l’Etat sortant a tenu mordicus à éloigner de lui le spectre de sa défaite de 1992. Ce n’est pas non plus de farouches adversaires comme Bernard Kolélas ou Joachim Yhombi Opango qui troubleront, aujourd’hui, le sommeil du président sortant congolais, eux qui ont accepté d’aller à la soupe du maître. La présence, dans la course, du général Ngouélondélé, qui a dirigé les forces de sécurité sous la présidence de Sassou, considéré comme un des adversaires les plus virulents de cette joute électorale, n’émeut guère le chef de l’Etat sortant, puisque l’armée a mis en place une opération de sécurisation des élections, dénommée « Araignée 2009 », qui a mobilisé environ 17 000 forces de l’ordre.

De quoi dissuader d’éventuels aventuriers surtout que, déjà, la Commission nationale d’organisation des élections (CONEL) ressemble à un camp retranché, car protégée par des soldats et des sacs de sable. Est-ce le caractère apparemment déjà plié de ce scrutin, qui a amené l’Union européenne (UE) à ne pas y envoyer d’observateurs ou plutôt le dossier des biens mal acquis ?

Tout compte fait, cette décision ne semble pas chagriner le président Nguesso, qui estime que l’élection sera crédible. C’est donc un candidat très sûr de s’offrir un autre mandat de 7 ans qui est resté sourd aux « concerts de casseroles », de protestations contre l’émission de fausses cartes d’électeur et les menaces de boycott de l’opposition. Et le candidat du parti au pouvoir, dont l’emblème de campagne est l’éléphant, a bien prévenu, dans un grand entretien accordé à Jeune Afrique (J.A.) du 28 juin au 4 juillet 2009, que, « Boycott ou pas, l’élection aurait bien lieu ; et elle serait crédible ».

Et elle s’est déroulée, n’en déplaise à ses adversaires, surtout qu’il tient à honorer le vœu, dit-il, de son peuple et celui d’une voix intérieure. Denis Sassou- Nguesso, en déclarant dans J.A. : « Oui, j’ai encore des services à rendre à ce peuple qui a fait de moi ce que je suis et qui m’a tant donné », confirme aux plus sceptiques que l’alternance n’est pas, pour l’instant, à l’ordre du jour au Congo-Brazza.

Ce genre de chanson est désormais bien connu dans nos pays ; et ce n’est pas le président Tandja du Niger qui dira le contraire, lui qui également prétexte la volonté de son peuple pour s’éterniser au pouvoir. Ces dirigeants d’une autre époque ne cessent donc de violer la Constitution. L’homme fort du Congo, qui affirme à ce propos que « Nulle part dans le monde, il n’existe de Constitution immuable… », a donc tout dit…

En plus du septennat qu’il va s’adjuger, sauf tremblement de terre, dans cette farce électorale, il n’est donc pas exclu que Sassou suive inexorablement les traces de son défunt gendre ; embarqué sur « Les chemins de l’avenir », thème de son programme de société durant cette campagne électorale, il ne serait pas étonnant que ces chemins-là le conduisent vers un règne à perpétuité.

Cyr Payim Ouédraogo, l’Observateur

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